Sociologie de la sexualité
La situation semble assez souvent étudiée en sociologie de la sexualité, car elle met en évidence une tension qualifiée de "classique" entre, d'un côté, les comportements réels et, de l'autre, les identités sociales.
Identité sexuelle
L'identité sexuelle (“je suis hétéro”, “je suis gay”, “je suis bi”... en réalité, le choix est très limité sur BEP !) correspond à la position sociale sexuelle auto-déclarée. Ces catégories sexuelles restent imparfaites et surtout très simplificatrices.
Cette identité revendiquée est certe influencée par le désir et les pratiques sexuelles mais elle dépend aussi largement d'autres facteurs : normes sociétales et culturelles, environnement familial et amical, attentes liées à la masculinité, ou encore peur de la stigmatisation.
On retrouve fréquemment une logique du genre : "Ce sont les femmes qui m'excitent et il ne faudrait surtout pas qu'on me prenne pour un bi ou pour gay... alors que je veux juste me masturber ou faire une fellation avec un autre mec hétéro".
Dissociation entre identité sexuelle, attirance et comportements
Il semblerait qu'il existe une dissociation entre trois dimensions : l'identité sexuelle (comment on se définit publiquement), l'attirance (vers qui on ressent du désir), et les comportements (avec qui on a des interactions sexuelles).
Les chercheurs utilisent aussi le terme HSH (Hommes ayant des relations Sexuelles avec des Hommes) [ou MSM en anglais] pour décrire uniquement les comportements, sans préjuger de l'identité sexuelle. Cela permet d'inclure toutes les relations entre hommes, qu'elles concernent des hétéros... ou des gays.
Stratégies de maintien de l’identité hétéro
Certains mécanismes, parfois inconscients mais souvent parfaitement conscients, permettent à certains hommes de conserver leur identité hétéro affichée tout en ayant des pratiques avec d’autres hommes : la compartimentation (séparer la vie sexuelle de l’identité personnelle), la reformulation des actes (considérer certaines pratiques [par exemple la masturbation mutuelle entre mecs] comme “pas vraiment du sexe gay”, même si, objectivement, c'est excessivement éloigné du sexe hétéro !], l'anonymat ou le secret (éviter que ces pratiques influencent l’image sociale), la centralité du désir pour les femmes (se définir par l’attirance principale plutôt que par l'ensemble de ses comportements).
Pression identitaire
Certains hommes ayant des relations avec d'autres hommes ne peuvent visiblement pas remettre en cause leur masculinité hétérosexuelle. Malgré l'évolution des mentalités et une acceptation plus large des formes de sexualité, le poids des normes sociales archaïques reste trop fort : virilité, domination sexuelle, rejet de l'homosexualité...
Ainsi, bien qu'ayant des pratiques homosexuelles, ces hommes continuent d'affirmer haut et fort leur hétérosexuailté. Est-ce une pression identitaire ? Un déni de la réalité ? Un mensonge à soi-même ? Ou simplement une distinction subtile et fragile entre 'ce que je fais' et 'qui je suis' ?
Déni extrême de la réalité des comportements
Des décennies de recherche en sociologie de la sexualité, étayées par des dizaines d'études quantitatives et qualitatives, ont permis la qualification d'une population spécifique : les hommes hétérosexuels ayant des interactions sexuelles avec d'autres hommes tout en regardant des supports visuels pornographiques hétérosexuels (photographies, DVD, vidéos, streamings...).
Les pratiques sexuelles entre hommes sont alors ici principalement les jeux sexuels (dénudages, caresses sexuelles...), la masturbation individuelle ou mutuelle, à deux ou en groupe. D'autres pratiques plus avancées ne sont cependant pas exclues lors de ces séances, ni même la présence de femmes.
Les chercheurs parlent ici de déni extrême de la réalité des comportements sexuels.
Existence manifeste d'une composante bisexuelle
Même si certaines explications peuvent être avancées (découverte de la masturbation à plusieurs, curiosité, manque de partenaires féminines, insatisfaction dans une relation hétérosexuelle, contexte masculin, etc.), lorsqu'un homme recherche volontairement un (ou plusieurs) partenaire(s) masculin(s) pour des jeux sexuels, ou se trouve excité par une interaction sexuelle avec lui (eux), l'hypothèse d'une attirance réelle devient difficile à écarter, tout comme celle d'une bisexualité, au moins partielle.
Conclusion
Pour conclure, on peut considérer que l'orientation sexuelle se définit avant tout par le type de personnes qui suscite du désir sexuel ou par le type de situations qui suscite l'excitation sexuelle.
Si un homme recherche activement une situation sexuelle avec un autre homme (masturbation individuelle ou mutuelle, pratiques plus avancées), l'idée d'une hétérosexualité stricte devient alors extrêmement difficile à défendre, quel qu'en soit le contexte. Cela est d'autant plus avéré lorsque cette recherche est très active ou répétée.






